Ces jeunes déterminés ont choisi de ne pas attendre d’obtenir leur diplôme pour s'engager activement dans des projets porteurs de sens. Voici leurs témoignages inspirants.
Le premier d'entre eux navigue sur un bateau conçu selon les principes d'une économie respectueuse de l'environnement. La seconde parcourt le monde pour participer à des sommets internationaux sur le climat, effectuant le trajet en train autant que possible, avec des déplacements en avion lorsque nécessaire. Enfin, un autre étudiant est en pleine transformation du secteur éducatif — une ambition de grande envergure.
« Ma priorité est de trouver des sponsors pour financer mon projet. Actuellement, cela se passe bien. Bien qu'on voit souvent le skipper seul sur son bateau, il y a une équipe de 20 personnes derrière lui. Sans budget, rien n'est possible », confie celui qui a nourri ce projet depuis quatre ans. En plus de financer son initiative, il pratique la navigation solitaire pour apprivoiser son monocoque, baptisé USE IT AGAIN for YOUTH, en l'honneur de son association dédiée à la protection des océans.
Un stage aux Nations Unies à 19 ans, une opportunité rare
Alors que Titouan s’illustre sur l'eau, Noha reste ancrée sur terre. Étudiante à Kedge, elle s'engage partout où ses idées peuvent avoir un impact. Cependant, obtenir cette chance peut nécessiter des efforts considérables. « J’ai dû insister auprès de mon école pour avoir l'autorisation d'effectuer un stage au UN Global Compact à Lagos, un pays classé en zone à risque sur les cartes », raconte-t-elle.
« Je suis arrivée le jour des élections — une expérience compliquée ! » Néanmoins, elle conserve un souvenir précieux de son passage dans cette capitale unique, aux côtés de décideurs influents. « Faire un stage aux Nations Unies à 19 ans, c’est exceptionnel. J’ai maximisé cette opportunité. »
Baptiste, étudiant en master de Droit de l’énergie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, cherche également à faire bouger les choses. Il a initié un podcast, Des rêves en action, et a récemment participé au lancement d'une Convention Monde Académique, inspirée de la CEC (Convention des entreprises pour le climat), mais axée sur les défis spécifiques rencontrés par les établissements d'enseignement supérieur. « La transition exige principalement du travail. La question de collaboration est fondamentale », précise-t-il.
Des motivations diverses mais puissantes
Il est intéressant de noter les différentes sources d’inspiration de ces jeunes militants. Titouan a été sensibilisé très tôt, en découvrant les problèmes de pollution lors des voyages familiaux en Chine. À 14 ans, il a intégré l'association Children for the Oceans, allant dans les écoles pour sensibiliser les plus jeunes.
Au contraire, Noha, dont le père travaille dans le secteur pétrolier, a dû convaincre ses parents de son choix professionnel. « En primaire, mes amis m'assuraient que bientôt il n'aurait plus de travail. Bien sûr, je savais qu'il pouvait encore exercer plusieurs carrières avant cela », confie-t-elle.
De son côté, Baptiste a grandi dans un cadre rural qui lui a offert des opportunités, bien qu'il ne vienne pas d'un milieu spécialement engagé écologiquement. « Mes parents n'ont pas fait d'études, et lorsque je leur parle de mes passions, ils le trouvent un peu flou », explique-t-il. Cependant, il voit cela comme une chance de rester connecté à d'autres perspectives. « S'investir dans une cause implique de fréquenter des personnes aux idées similaires. C'est humain, mais il est crucial de parler d'autres sujets. »
Un engagement qui élève
Ces expériences ont propulsé ces étudiants vers des cercles qu'ils n’auraient peut-être pas imaginés rencontrer à leur âge. Noha s'est retrouvée face à des chefs d'entreprise et des ministres, tandis que Baptiste a même côtoyé le président Macron. « Lorsqu'il m'arrive d'être dans un événement à ses côtés, je ne peux m'empêcher de me demander ce que je fais là », s’amuse-t-elle. Après son stage au Nigeria, elle a poursuivi son parcours au Maroc, contribuant aux efforts de la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, facilité par sa double nationalité.
Titouan, quant à lui, a établi des réseaux à travers l'Europe, collaborant avec diverses initiatives environnementales, dont la Sustainable Ocean Alliance. Un moment fort a été la création d'une vidéo pour une exposition au Centre Pompidou, commandée par la célèbre artiste Björk, qui a connu un franc succès en ligne. « Notre vidéo a suscité plus de deux millions de vues », se réjouit-il.
La transition vers un engagement total peut être progressive. « Il ne faut pas attendre un événement catalyseur », conseille Baptiste. « Cherchez constamment à apprendre par le biais de rencontres, de lectures, et de documentaires. » Il est également essentiel de faire évoluer ses perspectives. « J'étais orienté vers la géopolitique, mais je me suis tourné vers l'écologie », ajoute-t-il.
Noha, également, a constaté un élargissement de ses intérêts : de l'écologie à des préoccupations plus sociales. « Il y a souvent des contradictions en écologie. Il arrive que je sois entourée d'entreprises peu éthiques dans le cadre de mes réunions, mais il est crucial d’y être pour faire entendre ma voix », affirme-t-elle.
Être étudiant engagé n'est pas toujours facile. Titouan précise que son école a soutenu son projet, ce qui l'a beaucoup aidé. « Dès le départ, j'ai informé mon école de mes engagements. Cela m'a permis d'organiser mon emploi du temps. » En revanche, pour certains de ses camarades, jongler entre études et engagements peut relever du casse-tête. Noha partage son ressenti : « Je m'absente fréquemment. Si seulement je pouvais bénéficier d'un soutien financier pour mes déplacements, ce serait plus simple. Les établissements devraient vraiment nous aider concrètement. »
Baptiste lui aussi s’investit dans ce type de problématiques : « La Convention Monde Académique vise à rassembler les voix des étudiants. Comment améliorer notre capacité à nous engager efficacement ? C’est un enjeu central que nous aborderons. »
Vers l'avenir
Alors que Baptiste et Noha approchent de la fin de leur parcours universitaire, leur passage vers l'après-diplôme semble déterminé. Noha s'apprête à accompagner la candidate écologiste Marine Tondelier pour la prochaine élection présidentielle, et envisage un retour aux relations internationales accompagné d'un réseau toujours plus solide.
Baptiste envisage deux directions : intégrer le secteur énergétique, en lien avec son parcours universitaire, ou embrasser une carrière d'avocat au service d’ONG ou de partis politiques. « Chaque option pourrait avoir un impact significatif, bien que de manière différente », conclut-il.
Titouan, encore jeune, a tout le temps d'explorer ses possibilités. Son association, USE IT AGAIN for YOUTH, sera mise en lumière cet automne lors de la Route du Rhum. Le voilier qu'il a réhabilité avec son père a déjà connu le succès en 2018. Pointant vers l'avenir, il révèle son ambition : participer au Vendée Globe en 2028, établissant ainsi un nouveau record en devenant le plus jeune à réaliser cet exploit.
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