Le projet de loi d’urgence agricole a subi d’importants changements ce samedi à l’Assemblée nationale, suscitant de vives réactions. Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, a exprimé ses préoccupations quant à l’adoption des amendements visant à instaurer des prix planchers pour les agriculteurs, un dispositif qu’elle juge préjudiciable pour les producteurs eux-mêmes.
« Les amendements adoptés ont largement détourné ce volet de son objectif », a déclaré Genevard, après plusieurs revers lors des discussions parlementaires. Plusieurs députés, principalement issus de la France Insoumise et du Rassemblement National, ont soutenu ces amendements, qui vont bien au-delà des mesures initialement proposées par le gouvernement.
Manon Meunier, députée Insoumise, a défendu l’urgence de réformer le système de revenu : « L’urgence agricole, elle est sur le revenu. [...] Il s’agit de donner un véritable rapport de force aux agriculteurs face à la grande distribution », a-t-elle affirmé.
Le bloc gouvernemental, en revanche, s'insurge contre ces choix, arguant qu'ils menacent l’équilibre des négociations commerciales. Guillaume Kasbarian, député Renaissance, a mis en garde : « Des prix planchers trop élevés conduisent à l’inflation et augmentent le prix à la consommation. »
En conséquence, le gouvernement a réussi à supprimer un article essentiel qui prévoyait l'extension expérimentale des « tunnels de prix », un système visant à réguler les prix entre un plancher et un plafond, utilisé notamment dans la filière viande bovine.
Annie Genevard a indiqué que ces modifications rendant inopérant un autre dispositif étaient un sérieux revers pour la régulation des prix agricoles. Les députés de gauche ont exprimé leur mécontentement, qualifiant la suppression des tunnels de prix de « renoncement à la régulation ». Dominique Potier, député socialiste, a critiqué vivement cette décision.
La loi, désormais profondément remaniée, sera à nouveau examinée au Sénat fin juin, et les chances sont élevées que d’autres modifications soient apportées sur les prix planchers. Un vote final sur l’ensemble du projet de loi est prévu ce mardi à l’Assemblée nationale. Cette situation soulève des interrogations quant à l’avenir du revenu des agriculteurs en France.







