Avec la baisse des prix du nickel en raison d'une surproduction mondiale, l'Indonésie prévoit de diminuer sa production dès 2026 afin de stabiliser le marché. Cette stratégie évoque celle adoptée récemment par la République Démocratique du Congo (RDC) en matière de cobalt, qui a conduit à une flambée des prix de ce métal essentiel.
En tant que premier producteur mondial de nickel, utilisé principalement dans l'acier inoxydable et les batteries des véhicules électriques, l'Indonésie s'engage à ajuster sa production pour garantir une hausse des prix, actuellement en chute libre. Depuis l'adoption d'une interdiction sur l'exportation de minerai brut en 2020, le pays a su accroître sa part de marché, atteignant 70% de l’offre mondiale de nickel, selon des analyses du groupe Macquarie.
Cette position dominante est également un atout dans le cadre de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Indonésie, conclu en septembre 2025. Les experts soutiennent que cet accord améliorerait l’approvisionnement en minéraux critiques pour l’Europe. En effet, l'Indonésie a fourni 12% de l’offre mondiale de cobalt en 2024, et les prévisions indiquent que ce chiffre pourrait atteindre 22% d’ici 2030, d’après le Cobalt Institute.
« L'Europe cherche à sécuriser son approvisionnement en matières premières, et un accès fiable aux minéraux comme le nickel est crucial pour les industries européennes », explique le cabinet SEC Newgate EU basé à Bruxelles. Par ailleurs, la plus grande mine de nickel au monde, exploitée par le groupe français Eramet à Weda Bay, témoigne de la montée en puissance de l'Indonésie sur le marché du nickel.
Excédent et tensions sur le marché
La montée en puissance de la production indonésienne a engendré un surplus qui, selon Macquarie, ne disparaîtra pas avant 2030. Pendant les dix premiers mois de 2024, le pays a même importé près de 7 millions de tonnes de minerai de nickel en provenance des Philippines, ce qui souligne l'excédent persistante sur le marché.
D’après l’International Nickel Study Group, cette situation découle d’un déséquilibre entre une offre en forte croissance - majoritairement tirée par l’Indonésie - et une demande qui évolue plus lentement que prévu. Si les prévisions de production mondiale de nickel s’élèvent à 3,81 millions de tonnes en 2025, la consommation ne devrait atteindre que 3,60 millions de tonnes la même année.
La consommation de nickel pour l'acier inoxydable continue croître, tandis que celle dédiée aux batteries avance plus lentement, en partie à cause de l'émergence de chimies alternatives telles que le lithium-fer-phosphate (LFP). Jim Lennon, analyste chez Macquarie, souligne que les batteries LFP sont 50% moins chères que celles contenant du nickel et que l'utilisation de nickel se limitera à des véhicules haut de gamme.
Ces dynamiques ont permis à la LME de voir les prix s'effondrer à 14 263 dollars la tonne, alors qu'ils étaient supérieurs à 21 000 dollars quelques mois plus tôt. En réponse à cette situation, le ministre indonésien de l'Énergie et des Ressources minérales a récemment annoncé la réduction de la production à compter de l'année prochaine, ce qui a immédiatement provoqué un rebond de 6% des contrats à terme.
Le gouvernement indonésien impose déjà des quotas de production aux compagnies minières pour gérer l’offre, et les quotas pour 2025 pourraient être réduits à 150 millions de tonnes contre 272 millions en 2024, selon des informations de Bloomberg. Dans ce contexte, les experts garderont un œil attentif sur l'impact de ces décisions sur le marché, espérant que le changement de politique contribue à atténuer l'excédent et à relever les prix du nickel sur le long terme.







