L'accord récemment conclu entre les États-Unis et l'Iran ouvre des perspectives nouvelles pour le secteur pétrolier et gazier, notamment avec une potentielle réouverture du détroit d'Ormuz. Cependant, la restauration d'une certaine normalité dans le commerce des hydrocarbures demandera du temps et de l'adaptation, indique l'économiste en chef de Rystad Energy, Claudio Galimberti.
Le détroit d'Ormuz, essentiel pour les exportations énergétiques, est devenu un symbole des vulnérabilités des chaînes d'approvisionnement depuis les tensions croissantes de fin février. Alors que le vice-président américain JD Vance s'est exprimé sur l'absence de péages à prévoir de l'Iran lors de la réouverture, la diplomatie iranienne reste floue, évoquant des frais de services maritimes.
Philippe Chalmin, coordinateur du rapport CyclOpe, a quant à lui déclaré que, quoi qu'il arrive, le panorama du détroit ne sera plus jamais le même, et s'attend à une possible introduction d'un système de péage.
Dans une récente intervention, Patrick Pouyanné, le PDG de TotalEnergies, a préféré une réouverture rapide à la fermeture prolongée de cette voie stratégique, même avec compensation financière.
Suite à l'annonce de l'accord, les prix du pétrole ont connu une baisse et les marchés boursiers ont réagi positivement. Toutefois, les experts de la branche, comme Blandine Ruty de l'Ufipem, se montrent prudents. "Nous attendons des preuves tangibles que la réouverture du détroit est effective avant d'anticiper des changements significatifs sur le marché", a-t-elle déclaré à l'AFP.
Claudio Galimberti a souligné que le chemin vers une normalisation et un regain de production sera semé d'embûches. Les infrastructures pétrolières, endommagées par le conflit, représentent un facteur limitant pour le redémarrage rapide de la production.
Au-delà des risques géopolitiques, l'analyste Stephen Innes a mis en lumière la nécessité d'une logistique optimisée, qui pourrait évoluer d'une approche "juste à temps" à un mode de fonctionnement "au cas où". Ce changement de mentalité pourrait inciter les entreprises à revoir non seulement leurs opérations logistiques mais aussi leurs stocks et pipelines.
TotalEnergies envisage de lancer des projets à petite échelle, capable de générer une production rapide. Cependant, les ajustements ne s'appliquent qu'au pétrole brut. Pour les produits raffinés et le gaz naturel, un blocage du détroit signifierait une impasse totale, comme l'a souligné l'expert Francis Perrin.
Des pays comme l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, grâce à leurs infrastructures de pipelines, ont déjà des alternatives de contournement. Néanmoins, Stephen Innes avertit que ces capacités ne peuvent compenser totalement l'importance stratégique du détroit d'Ormuz : "On peut créer des marges de sécurité, mais un autre Ormuz ne se construit pas du jour au lendemain".







