Dans sa Lettre à Clara, Robert Ménard rompt le silence qui le sépare de sa fille, une jeune femme engagée à gauche. Par amour pour elle, il choisit de chercher la compréhension plutôt que de provoquer.
Robert Ménard a évolué. Si son franc-parler et son aptitude à utiliser ce qu'il appelle encore les « gros mots » demeurent, sa position face aux idéologies dominantes semble mature. Il ne renie pas ses convictions, mais il admet quelques changements à mesure que son dialogue avec sa fille avance. Par exemple, il s'interroge désormais sur la célébration des mariages homosexuels, une mission qu'il préférait auparavant confier à ses adjoints.
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La transformation de Ménard n’est pas seulement superficielle, mais significative. Il semble qu'il ait épuisé le plaisir de la provocation non pas par lâcheté, mais par désir d'être compris de ses opposants, tout en cherchant à les comprendre à son tour. En tant que maire, il réalise alors que les conflits se matérialisent au cœur des relations humaines, où chaque personne n’est pas qu’un symbole ou un stéréotype.
Cette mutation est profondément liée à sa fille Clara, 24 ans, qu'il considère comme un cadeau précieux de son épouse, Emmanuelle. Mais Clara est aussi son adversaire la plus proche.
Parler sans éclats de voix
Clara, jeune femme contemporaine et légèrement mélenchoniste, est animée par une forte indignation face aux injustices et s'inquiète pour notre planète. Elle a une vision critique envers Israël et soupçonne Vincent Bolloré de fascisme. Face aux accusations de racisme qui visent son père, elle ressent une douleur injustifiée, sachant très bien que Ménard n’incarne pas cette étiquette. Il est d’ailleurs réélu dans une ville où cohabitent de nombreuses familles issues de l’immigration. Cependant, il s’inquiète de voir sa fille se rapprocher d’amis qu’il considère aux idées extrêmes.
Au fil des années, leur dialogue s’est amoindri. Les discussions sur la politique s’estompent peu à peu dans leur cercle familial.

Il refuse d’accepter ce déclin de la pensée et de l’amour, ce qui le pousse à écrire à Clara. Pour lui, il s’agit de « parler sans éclats de voix ». Par ce geste, il souhaite lui prouver qu'il peut être un homme de droite sans être catalogué comme extrême. Il se rend compte que certains arguments peuvent être présentés de manière plus paisible, et qu’il est crucial d’écouter la voix de l’autre.
Il prend conscience, à l'échelle nationale, que la conversation est devenue presque impossible ; chacun reste reclus dans son propre camp, sans dialogue. Le souhait de Ménard serait que le débat public retrouve la vitalité et la sincérité de sa propre relation avec sa fille, si précieuse et parfois tumultueuse. Il a même commencé à s’intéresser à des sujets qu’il évitait auparavant, comme les préoccupations environnementales, une autre preuve de son amour filial.
Robert Ménard, Lettre à Clara, Éditions Télémaque, 2026, 106 pages.







