Des dizaines de barques de pêche sont encore immobilisées dans les eaux paisibles au large de Maputo, la capitale du Mozambique, à cause de l’envolée des prix du carburant.
Depuis que le gouvernement a décidé d’augmenter les tarifs début mai, en réponse aux tensions au Moyen-Orient, la situation est devenue critique pour de nombreux pêcheurs. Carlos Nguenha, vice-président du Conseil communautaire des pêcheurs, indique à l'AFP que « l'impact est dramatique pour nous », tandis que des barques s'entrechoquent dans le Bairro dos Pescadores.
Ce conseil représente environ 1.800 pêcheurs et près de 290 embarcations sur la Costa do Sol, qui soutiennent principalement des familles sans autres sources de revenus.
Au début du mois de mai, l’autorité de régulation de l’énergie a procédé à une hausse de 12% sur le prix de l’essence, le portant à 83,57 meticals (1,12 euro) le litre, tandis que le prix du diesel a atteint un niveau alarmant de 1,57 euro, avec une augmentation de près de 46%. Bien que ces tarifs restent inférieurs à ceux des pays voisins, la combinaison de la hausse des prix avec des pénuries d’approvisionnement crée une pression insupportable sur ce pays, le deuxième plus pauvre du monde selon la Banque mondiale en mars 2026.
Des files d’attente interminables se forment devant les stations-service, de nombreux citoyens choisissant de renoncer à leurs véhicules au profit des transports publics.
Avec un taux de pauvreté atteignant 81%, beaucoup de travailleurs se trouvent dans le secteur informel. Un rapport de la Banque mondiale souligne que la majorité des emplois sont peu rentables.
- Les petits contenants -
Épuisé, Eduardo Alexandre et son équipage reviennent tout juste de la mer, sans le moindre poisson après plus de vingt-quatre heures de pêche.
« Nous avons dû rentrer à cause du manque de carburant », raconte ce pêcheur de 49 ans. L’accès à des zones de pêche plus riches nécessite plusieurs heures de navigation, mais il leur manquait 10 litres de carburant pour poursuivre leur quête.
Face à cette crise, certains pêcheurs se tournent vers des contenants non homologués pour transporter le précieux liquide, bien que le gouvernement prohibe cette pratique pour des raisons de sécurité.
« Où trouverons-nous l’argent pour ces contenants ? » questionne M. Nguenha avec désespoir. « Depuis notre enfance, nous utilisions nos vieux bidons... »
- “Etranglés” -
Les marchés voisins montrent des étals presque vides, à l’exception de quelques poissons dont le prix a également augmenté.
« Mes enfants dépendent des revenus du poisson, utilisé pour leurs études. Sans carburant, la situation est intenable pour nous », s’emporte Martinha Djive, poissonnière de 42 ans.
D’autres vendeurs, comme Carlota Mabasso, s’inquiètent également : « Les affaires sont très mauvaises, nous vendons très peu et nos clients sont eux aussi étranglés par l’augmentation des prix. »
« Si mon mari et moi ne travaillons pas, ce sera difficile pour nos enfants », regrette Pércia Nguenha, mère de trois enfants. Elle appelle les dirigeants des nations en conflit à dialoguer pour trouver la paix.
Malgré sa pauvreté, le Mozambique regorge de ressources naturelles. Un vaste projet gazier mené par TotalEnergies est en cours de développement dans le nord du pays, impacté par une insurrection jihadiste.
Ce projet, couplé au retrait du Mozambique de la liste noire du GAFI en octobre, pourrait encourager les investissements étrangers, indique la Banque mondiale. Toutefois, leur rapport souligne que la marge de manœuvre budgétaire du pays reste extrêmement limitée, face aux défis climatiques, aux chocs économiques externes et à l’insécurité croissante.
« Le carburant est le moteur de l’économie », conclut Teresa Boene, économiste au Centre d’intégrité publique. Cette hausse impacte inévitablement le coût des biens et services, touchant en premier lieu les plus vulnérables de la population.







