Ben Raymond ?!
Ben Raymond ?! Temps de lecture : 3 min. 46
Les nouvelles prennent parfois des tournures inattendues. C'est ainsi qu'on apprend le décès soudain de Raymond Buren, âgé de 77 ans, survenu aux cliniques universitaires du Mont-Godinne en Belgique. Si l'on devait poser une question sur son identité, peu de personnes sauraient répondre, malgré sa carrière impressionnante. Originaire du Congo belge, ce véritable gastronome était réputé pour sa vaste culture et son humour pétillant. Il a écrit des ouvrages appréciés, bien que rarement visibles dans les classements. Mais, dans un siècle, ces livres figureront toujours dans les références essentielles de la gastronomie. Ses titres, souvent drôles, illustrent son esprit vif : Le Cochon, histoire, symbolique et cuisine et L'Art de braiser en plein air en sont des exemples. Raymond Buren savait faire rire ses interlocuteurs, et c'était contagieux.
Sa passion pour la gastronomie ne connaissait pas de limites. Il connaissait les subtilités du tabac de la Semois, célèbre pour sa qualité, et pouvait parler du maitrank, ce vin de mai aux arômes d'aspérule. En plus de son expertise culinaire, il maîtrisait aussi les langues, passant avec aisance du latin au patois wallon. Ses connaissances des recettes traditionnelles, telles que le civet de lièvre à l'ardennaise et le matoufé, étaient impressionnantes. Professionnellement, il était magistrat, ayant exercé dans divers parquets en Afrique avant de terminer sa carrière comme premier substitut au procureur du roi en 1999. Raymond Buren incarnait la simplicité et la richesse de la cuisine ardennaise.
Régulièrement, il se rendait à Paris, où il se plaisait à séjourner dans un petit hôtel de la rive gauche. C'était l'occasion pour lui de passer quelques appels, de savourer de bons repas et de partager ses anecdotes. Une de ses visites mémorables se déroula à L'Avant-Goût, un restaurant parisien. Un soir, alors qu'il dégustait un cornas, il croisa une mère tentant d'initier son adolescent aux plaisirs de la table. Mais l'adolescent, préoccupé par son apparence et son téléphone, était plus intéressé par sa boisson. "Pas de Coca ici !", s'exclama le serveur avec emphase. Raymond, tout enjoué, prit la main du garçon comme un héros secourant une vieille dame. Leur échange fut plein de vie, et même s'il fit un récit similaire à celui de la semaine précédente, l'humour et l'enthousiasme de Raymond étaient contagieux. Il partagea un livre dédicacé, et la mère ne put s'empêcher de dire à son fils : "C'est un écrivain !". La réponse du jeune homme, bien que distraite, résonne encore : "Oui, madame !". C'est ainsi que Raymond Buren laissa une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui ont eu la chance de le croiser.







