Du long voyage entre sa Guinée natale et son arrivée à Saintes, en Charente-Maritime, Thierno Abdoul Bah garde des souvenirs difficiles. La première partie de sa vie, entouré d'un père commerçant et d'une mère au foyer à Conakry, fut ordinaire jusqu'à la turbulence qui a frappé sa vie d'adolescent. Suite à des soucis familiaux, il a déménagé dans un village avec sa mère, où la situation se révèle précaire : « Il faut trois heures de marche pour aller à l'école », confie-t-il.
Après un périple chaotique qui l'a conduit de la Guinée au Sénégal, puis aux Canaries, Thierno se retrouve, par un alignement improbable des astres, à La Rochelle. « J'ai pris un train à la gare de Bayonne sans même savoir où il allait », se souvient-il. C'est ici, en attendant son statut de mineur non accompagné, qu'il a vu une lueur d'espoir pour l'avenir.
« Au début, pour rattraper le niveau, je révisais toute la nuit »
Son intégration à Saintes a été facilitée par l'association Le Logis, qui lui a permis de passer des tests scolaires. Il s'est retrouvé en classe de 4e au collège Agrippa-d’Aubigné, bénéficiant du dispositif UPE2A. « Nous sommes une douzaine dans la classe, et les cours de français et de mathématiques sont cruciaux pour nous », explique-t-il. Thierno travaille dur, conscient qu'il a une opportunité unique. « J'étudiais nuit et jour, mais mes éducateurs m'ont conseillé de prendre soin de moi », admet-il.
Les enseignants ne tarissent pas d'éloges à son égard. Tahina Vandestoc, éducatrice au Samie, évoque son éthique de travail : « C'est un élève exceptionnel, et son avenir promet d'être brillant. »
Vers une autonomie durable
Thierno Abdoul vit désormais dans un appartement partagé, avec le soutien de l'association APLB Cafic, qui veille à sa protection et à son autonomie. En plus des études, il gère son budget d'une manière qui lui est propre : « Chaque samedi, je fais mes courses pour la semaine », explique-t-il. Pour lui, l'éducation en France est une bénédiction qu'il ne prend pas pour acquise. « En Guinée, il n'y avait pas d'ordinateurs, juste des ardoises », ajoute-t-il avec nostalgie.
Actuellement en classe de 3e, Thierno a découvert une passion pour l'histoire, se distinguant récemment lors d'un concours national sur la Résistance. « J'ai appris sur la Shoah, la bravoure des résistants. J'aime aussi lire tout ce qui me tombe sous la main », partage-t-il avec enthousiasme.
Ambition d'avenir
Après avoir passé son brevet, il se projettera dans un bac professionnel en gestion à Cognac. « Il est impératif qu'il soit autonome à sa majorité. Il doit également préparer un bilan de sa situation pour son avenir », explique Tahina Vandestoc. Ses professeurs lui reconnaissent un profil solide pour poursuivre ses études de droit. « Mon rêve est de devenir avocat. Il faut faire respecter la loi pour la paix dans le monde », conclut-il avec détermination.







