En l'espace de seulement deux années, plus de 500 brasseries artisanales en France ont mis la clé sous la porte, entraînant la perte d'environ 1.000 emplois directs, selon une déclaration ce dimanche sur France Inter du Syndicat national des brasseries indépendantes. Ce dernier, qui regroupe près de 2.400 brasseries artisanales et indépendantes, souligne que deux tiers de ses membres se battent désormais avec des difficultés financières.
Pascal Détrez, ancien brasseur, témoigne des changements radicaux que connaît le secteur : "En 15 ans, il y a eu des bouleversements permanents". Parmi les facteurs de cette crise, il évoque la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, et les instabilités au Moyen-Orient qui ont considérablement augmenté les coûts de production. Parallèlement, il souligne une chute continue des ventes, avec une "dégringolade permanente".
David Hubert, président du syndicat, estime que la situation est également exacerbée par la concurrence féroce des grandes marques qui commercialisent des bières moins coûteuses. Selon lui, ces grands industriels portent un risque majeur pour l’ensemble du secteur, car ils *"rachatent uniquement les marques pour les produire dans leurs usines"*, ce qui pourrait mener à une standardisation néfaste de l'industrie, et au risque que "l'emploi et le lieu de production disparaissent".
À la fin janvier, le syndicat avait intimé une lettre ouverte au gouvernement, précisant que le secteur brassicole indépendant était à un point de rupture. Ils demandent d'urgence des mesures concrètes pour soutenir ces brasseries, notamment un dispositif de prêts d'État pour les petites structures produisant moins de 200.000 hectolitres.
Une réalité inquiétante pour un secteur qui, il n'y a pas si longtemps encore, prospérait. En 2019, la France connaissait l'émergence d'une nouvelle brasserie chaque jour, témoignant d’un tournant vers des produits locaux et de qualité, portés par des artisans engagés dans la valorisation de la richesse brassicole française. Les aides gouvernementales durant la crise sanitaire ont permis à beaucoup de brasseries de tenir bon, mais la situation a pris un tournant avec la crise énergétique et les hausses significatives des coûts des matières premières, du carton et du verre.
Il est clair que la tenace réalité économique actuelle pose un défi de taille aux brasseries artisanales, déjà éprouvées. La voie à suivre pour soutenir ces structures est plus que jamais d'actualité.







